L’aménagement d’un local à vélos en copropriété n’est plus une option : c’est une obligation réglementaire progressive qui s’impose à un nombre croissant d’immeubles d’habitation. Entre la loi d’orientation des mobilités (LOM) de décembre 2019, le décret n° 2022-930 du 25 juin 2022 et les articles R113-11 à R113-17 du Code de la construction et de l’habitation, le cadre juridique s’est considérablement renforcé. Pour les copropriétaires, syndics et gestionnaires immobiliers, connaître précisément ces obligations est devenu indispensable, tant pour respecter la loi que pour préserver la valeur locative des biens gérés.
Quelle est l’obligation légale d’un local à vélos en copropriété ?
L’obligation d’équiper un immeuble d’habitation d’un local vélos sécurisé repose principalement sur trois piliers juridiques. Le premier, la loi n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités (LOM), a posé le principe général en imposant des emplacements de stationnement sécurisés pour les vélos dans les bâtiments neufs. Le second, le décret n° 2022-930 du 25 juin 2022, a précisé les exigences techniques de sécurité : le local doit être clos, couvert, et équipé de dispositifs fixes permettant d’attacher le vélo par le cadre ou par une roue. Le troisième, l’arrêté du 30 juin 2022, fixe le nombre minimal de places.
Ces textes ont été intégrés au Code de la construction et de l’habitation, dans les articles R113-11 à R113-17. L’obligation vise aujourd’hui l’ensemble des bâtiments d’habitation collectifs neufs ayant une surface de plancher supérieure à 1 000 m², ainsi que certains bâtiments existants lors de travaux lourds de rénovation. Pour les copropriétés anciennes, il n’existe pas d’obligation rétroactive de créer ex nihilo un local vélos — sauf en cas de réhabilitation substantielle du bâti — mais l’assemblée générale peut le voter à la majorité simple de l’article 24 de la loi de 1965.
Combien de places vélos doit prévoir un immeuble neuf ?
L’arrêté du 30 juin 2022, pris en application du décret n° 2022-930, définit précisément le nombre de places de stationnement vélos obligatoires dans les programmes immobiliers neufs. Le calcul se fait par logement, en fonction de la typologie :
- Au moins 0,75 place par logement pour les studios et T1
- Au moins 1,5 place par logement pour les T2 et T3
- Au moins 2 places par logement pour les T4 et plus
- Une surface minimale de 1,5 m² par emplacement
Ce dimensionnement vise à répondre à l’explosion de l’usage du vélo en ville : selon l’Observatoire national de la sécurité routière, la part modale du vélo a progressé de plus de 30 % depuis 2019 dans les grandes agglomérations françaises. Pour un programme neuf de 40 logements mêlant studios, T2 et T4, un promoteur doit désormais prévoir entre 50 et 70 places de vélos, soit un local d’environ 100 m² au minimum.
Quelles exigences techniques pour un local vélos sécurisé ?
Un local à vélos conforme à la réglementation en vigueur en 2026 doit répondre à plusieurs critères cumulatifs :
- Clos et couvert : protégé de la pluie et fermé par une porte contrôlée (badge, digicode, clé individuelle)
- Accessible aisément depuis l’extérieur sans emprunter d’escaliers ni obstacles (si en sous-sol, rampe ou ascenseur adapté)
- Équipé de dispositifs fixes (arceaux, supports muraux) permettant d’attacher un vélo par le cadre et par une roue simultanément
- Éclairé (éclairage automatique ou manuel), ventilé et idéalement équipé de prises électriques pour la recharge des vélos à assistance électrique (VAE)
- Réservé exclusivement au stationnement vélos (pas de stockage encombrant ni poubelles)
Ces exigences techniques, précisées par le décret n° 2022-930, sont opposables au promoteur à la livraison du bâtiment et peuvent engager sa responsabilité en cas de défaut.
Comment créer un local vélos dans une copropriété ancienne ?
Pour une copropriété existante, la création d’un local à vélos relève d’une décision collective. Le syndic doit inscrire la question à l’ordre du jour de l’assemblée générale. Le vote se fait à la majorité simple de l’article 24 de la loi du 10 juillet 1965 s’il s’agit d’aménager un local existant (ancien débarras, local poubelles réorganisé, partie commune inutilisée). En revanche, si la création implique de modifier la destination d’une partie commune ou d’empiéter sur des espaces extérieurs, la majorité de l’article 25 peut s’imposer.
Plusieurs aides financières peuvent être mobilisées en 2026 pour financer ces aménagements :
- Le programme ALVÉOLE Plus (Certificats d’économie d’énergie), qui finance jusqu’à 60 % du coût d’installation d’un local vélos sécurisé en copropriété (plafond de 4 000 € par local).
- Le Fonds Mobilités Actives de l’ADEME, sur appel à projets territorial.
- Les aides locales versées par les communes et intercommunalités engagées dans un Plan Vélo territorial.
Le budget à prévoir pour équiper un local existant de 30 m² (une vingtaine de places) se situe entre 3 000 et 8 000 € en fonction des arceaux choisis, des travaux de mise en sécurité (porte, éclairage, prises VAE) et du coût de la main-d’œuvre. Le financement est voté lors de la même assemblée générale et peut être imputé sur le fonds travaux obligatoire (article 14-2 de la loi de 1965).
Que risque une copropriété qui ne respecte pas ces obligations ?
Pour un bâtiment neuf dont le permis de construire a été déposé après l’entrée en vigueur du décret du 25 juin 2022, le non-respect des obligations de local vélos peut entraîner un refus de conformité à l’achèvement des travaux et engager la responsabilité du maître d’ouvrage. Les acquéreurs peuvent également contester la livraison si les équipements prévus ne sont pas conformes.
Pour une copropriété ancienne, il n’existe pas de sanction directe en l’absence de local vélos, tant qu’aucune réhabilitation substantielle n’est engagée. En revanche, plusieurs conséquences indirectes peuvent se matérialiser :
- Dévalorisation progressive des biens à la location, en particulier dans les communes où l’usage du vélo est massif (Paris, Strasbourg, Bordeaux, Grenoble, Nantes).
- Contentieux voisinage lié au stationnement sauvage des vélos dans les halls, coursives ou espaces verts.
- Impossibilité pour les résidents de bénéficier de certaines primes publiques (forfait mobilités durables, subventions VAE locales) conditionnées au stationnement sécurisé.
Le cas des copropriétés sans places de stationnement
Le texte réglementaire de 2022 reste silencieux sur le cas des copropriétés qui ne disposent ni de parking existant ni d’espace extérieur aménageable. Pour ces immeubles — fréquents dans les centres-villes historiques — il n’existe aucune obligation légale de créer un local à vélos, ce que la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) déplore régulièrement. Le stationnement sécurisé des vélos reste alors un combat quotidien, en particulier dans les immeubles haussmanniens parisiens ou les cœurs de ville anciens.
Face à cette lacune, plusieurs solutions émergent :
- La mutualisation avec des copropriétés voisines ou des stationnements vélos publics déployés par la commune (Véligo en Île-de-France, Vélib’ stations sécurisées, abris Movin’On).
- L’installation d’arceaux vélos à l’intérieur du hall d’immeuble, sur décision d’AG, avec délimitation d’une zone dédiée.
- Le recours à des abris vélos modulaires implantés dans les cours privées, qui ne nécessitent pas toujours de permis de construire s’ils restent sous 5 m² et démontables.
Qui aménage le local vélos : le syndic, le promoteur, ou les copropriétaires ?
Pour un programme neuf, c’est le promoteur-constructeur qui porte la responsabilité de livrer un local vélos conforme à la réglementation. Les futurs acquéreurs doivent vérifier la présence et la conformité du local lors de la réception des parties communes.
Pour une copropriété existante, l’impulsion peut venir du syndic (qui inscrit la question à l’AG), du conseil syndical (qui peut se saisir du dossier et proposer un projet chiffré) ou de tout copropriétaire individuel (qui peut demander l’inscription à l’AG via l’article 10 du décret du 17 mars 1967). Les frais sont ensuite répartis entre copropriétaires selon les tantièmes généraux, sauf clause contraire dans le règlement de copropriété.
Pour les agences immobilières qui gèrent un portefeuille de lots en copropriété, c’est un sujet à maîtriser : un bien loué dans une copropriété équipée d’un local vélos moderne se positionne mieux sur le marché, en particulier auprès des jeunes actifs urbains. Les professionnels qui souhaitent déléguer leur gestion locative sans alourdir leurs équipes peuvent s’appuyer sur la nourrice de gestion locative, un mode d’externalisation qui permet de conserver la relation client tout en confiant l’administratif (AG, suivi des travaux, quittancement) à un prestataire spécialisé.
Perspectives 2026-2030 : vers une généralisation progressive
Le Plan Vélo national 2023-2027, prolongé à l’horizon 2030, prévoit une intensification progressive des obligations d’aménagement. Plusieurs évolutions réglementaires sont attendues dans les années à venir :
- Un probable abaissement du seuil de surface déclenchant l’obligation dans les bâtiments neufs (actuellement 1 000 m² de surface de plancher).
- Une extension aux bâtiments en rénovation lourde plus explicite, avec des critères harmonisés au niveau national.
- Des exigences accrues sur les prises électriques pour vélos à assistance électrique, au même titre que les bornes de recharge pour voitures prévues par la loi LOM.
Les professionnels de l’immobilier qui anticipent ces évolutions — en accompagnant leurs copropriétés dans l’aménagement préventif d’un local vélos — prennent un avantage concurrentiel sur un marché locatif où la qualité des parties communes devient un critère de choix à part entière pour les jeunes locataires.
Sources réglementaires
- Loi n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités (LOM)
- Décret n° 2022-930 du 25 juin 2022 relatif à la sécurisation des infrastructures de stationnement de vélos
- Articles R113-11 à R113-17 du Code de la construction et de l’habitation
- Plan Vélo et Mobilités Actives – Ministère de la Transition écologique